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La villa Girault à Courcelles Val d'Esnoms

 

L'étrange demeure d'un curieux artiste

« Figurez-vous une gorge étroite s'ouvrant dans la roche ombragée. A la naissance même de cette gorge s'élève la villa, copiée sur le modèle d'une des maisons de plaisance de la Corne d'Or. Les murs, les fenêtres tréflées, les balcons, sont tapissés de fleurs exotiques ; autour de la légère coupole du toit, les hirondelles se poursuivent avec des cris joyeux; au-dessous des balcons, une source vive sort du rocher. Tout cela est splendidement éclairé, et pour rafraîchir les regards aveuglés de tant de clarté, partout dans le voisinage de l'habitation, un luxuriant épanouissement de feuillages verts et de fleurs, un parfum d'héliotrope et d'oranger, un bruit d'eaux vives et un mélodieux bourdonnement d'abeilles. Une royale fête des yeux ! »

Cette demeure que nous décrit André Theuriet dans « Sous-Bois » édité en 1910 n'est pas située dans une quelconque région exotique du pourtour méditerranéen mais bien sur le plateau de Langres, plus précisément sur le territoire de la commune de Courcelles-Val-d'Esnoms, à quelques centaines de mètres en surplomb de la ferme et de la source de la Dhuis.

 

 

 

 

Girault de Prangey

Peintre et voyageur

Son propriétaire et concepteur avait pour nom Joseph Philibert Girault de Prangey né à Langres le 21 octobre 1804 dans une honorable et vieille famille de Langrois, dont les ancêtres étaient propriétaires du château de Prangey.

Après des études au collège et à l'école de dessin de Langres, en compagnie de Ziegler, Berger, Lescornel... il se rend à Paris où il passe dans plusieurs ateliers. Attiré par l'art musulman, il séjourne en Espagne puis au Proche Orient de 1835 à 1840 où il exécute de nombreux dessins.

Le musée de Langres possède une seule huile sur toile peinte en mars 1831 et représentant la place St Marc de Venise.

 

La villa de Courcelles

M. Girault devint par héritage en 1828 propriétaire d'une maison bourgeoise à Courcelles (devenue d'ailleurs depuis la maison commune) et d'une parcelle au lieu-dit «Les Thuaires » d'une contenance de 9 ha.

C'est là sur les faces Est et Sud de ce cirque sauvage, dominant la ferme et la source de la Dhuis, là où le regard découvre les Vosges, le Jura et les Alpes qu'il allait construire à partir de 1835, la villa qui porte son nom.

 

Membre fondateur de la Société Historique et Archéologique Langroise et du musée

Dès 1832, au sein d'un comité des Amis des Arts, il travaille au dénombrement des antiquités du département et de la ville de Langres en particulier.

M. Girault est un des plus ardents promoteurs, de la création et de l'installation d'un musée lapidaire dans l'abside de l'ancienne église St Didier.

 

Pionnier de la photographie

Ses croquis, dessins et planches sont unanimement appréciés des amateurs d'architecture Arabe et des bibliophiles mais très vite Girault de Prangey va mesurer l'importance future de la photographie.

Dès 1841 il utilisera en pionnier la prodigieuse et récente invention de Daguerre qui en 1838 mit au point les premiers Daguerréotypes, ancêtres de l'appareil photographique. La Daguerréotypie consiste à fixer chimiquement sur une feuille d'argent pur, plaquée sur cuivre, l'image obtenue dans une chambre noire.

Girault de Prangey s'aguerrit à cette nouvelle technique en fixant sur le cuivre en 1841 les aspects encore nus de la villa puis Langres, Chaumont, Troyes, Paris.

En 1842 il repart à la conquête de l'Orient pour un périple de 2 ans avec dans ses bagages une malle insolite. Elle lui sert de laboratoire et de chambre noire.

Il rentrera en France en 1844, rapportant de son voyage quelques 1 000 daguerréotypes de divers formats.

 

La "maison du jardinier"

 

Portrait

Ses contemporains le présentent comme un être peu sociable, bourru et mordant.

Le Comte de Simoni évoque son lointain parent comme quelqu'un de petite taille, peu accueillant, veillant jalousement à l'intégrité de ses plantes et n'offrant guère un fruit à ses hôtes... Sa mise était fort négligée ; des poches de sa veste sortaient les pipes et les sécateurs. On sentait la hâte qu'il avait de vous congédier ».

M. Girault de Prangey est mort à 88 ans par un jour neigeux de décembre 1892 dans sa villa où il vivait seul. On le descendit à grand peine à sa paroisse de Courcelles.

 

 

Destin fragile d'un paradis artificiel

Les héritiers n'ont pu conserver ni volières, ni serres. L'entretien des allées et des pentes était difficile. La guerre avait accumulé les ruines quand M. le Comte de Simoni en devint acquéreur en 1920. Les restes de la villa ont été vendus pour être livrés à la démolition.

De nos jours, seuls quelques monticules recouverts de ronces et de lierres indiquent l'emplacement d'un mur, d'un bassin, d'un massif. L'excentrique demeure, jouet fragile de Girault de Prangey a disparu à jamais.

Girault de Prangey, nous a cependant laissé plus d'un millier de Daguerréotypes illustrant ses périples en Orient. Le 100e anniversaire de sa disparition (7 décembre 1892) pourrait être l'occasion d'une exposition dont M. B. Decron, conservateur des musées du Sud du département et grand admirateur du créateur de la villa, a le secret.

Guy Durantet

Avec l'aimable autorisation du Journal "Vivre-ici" de l'Association "la Montagne"

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